La relation entre le médecin et le patient - Volet 2 - Dr Nguyen à Paris

Résumé : Le médecin est souvent vu comme devant s’investir avec un dévouement total au service de ses patients. Lesquels patients ont parfois aussi le sentiment que la relation avec le médecin ne leur laisse pas suffisamment de place. En réfléchissant aux droits et aux devoirs de chacun, on peut déjà retrouver la structure élémentaire de la relation médecin-patient.

Le médecin : un homme de confiance

La relation entre le médecin et le patient - Volet 2 - Dr Vinh Nguyen à Paris« Je jure par Apollon médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin, de remplir, selon ma capacité et mon jugement, ce serment et ce contrat »[1]

C’est le début du fameux Serment d’Hippocrate, rédigé probablement au IVe s. avant J-C et qui, même s’il n’a pas de valeur juridique, est considéré comme le texte fondateur de la déontologie médicale. Au point que le Conseil de l’Ordre des Médecins en publie, sur son site, à la fois la version originale grecque avec sa traduction et une version adaptée. Beaucoup de jeunes médecins placent d’ailleurs le Serment en exergue de leur travail de thèse. Le prestige symbolique dont jouit encore aujourd’hui ce court document, que peu de profanes ont cependant lu, témoigne de l’aura qui continue d’entourer la personne du médecin. Certes, le médecin n’est plus tout à fait considéré comme le savant et notable révéré qu’il était au XIXe s. L’information et la technologie permanentes dans laquelle la plupart des patients évoluent ont un peu normalisé les compétences du médecin aux yeux du grand public. Cependant, beaucoup de patients interrogés reconnaissent mettre leur médecin sur une espèce de « piédestal », lui attribuer un pouvoir important sur leur vie et leur bien-être.

Dans la version modernisée (de 2012) du Serment d’Hippocrate, le médecin « jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité » et assure, quant à ses patients : « Je ne tromperai jamais leur confiance »[2]. Sans doute est-ce cette spécificité d’une profession fondamentalement conditionnée par la « probité » et la « confiance » qui fait du médecin un professionnel différent des autres : ni technicien, ni artiste, ni prêtre, il est pourtant un peu de tout cela par les qualités qui sont attendues de lui.

La déception que connaissent certains patients lorsque ces attentes ne sont pas remplies est à la mesure de la confiance consentie.

Ce que le Code de déontologie médicale attend du médecin dans sa relation avec le patient

Parce qu’il traite avec la vie et la mort, le médecin est lié juridiquement, non pas par le Serment d’Hippocrate, mais par une déontologie spécifique, qui n’a pas son équivalent dans d’autres professions ; les codes de déontologie des avocats ou de la police ne sont pas rédigés dans un esprit vraiment comparable. Certains patients bien informés et qui sont déçus par leur relation avec le médecin vont jusqu’à rappeler à celui-ci ses obligations quant au Code de déontologie médicale (lequel figure en fait dans le Code de la Santé Publique sous les numéros R.4127-1 à R.4127-112). Ce code, dont la première version a été publiée en 1947, évoque bien sûr des questions liées aux aspects scientifiques ou matériels de la pratique médicale ; mais la relation avec le patient y est développée dans plusieurs articles.

Ainsi, le médecin

  • est tenu à « une attitude correcte et attentive » (ARTICLE R.4127-7 du CSP) ;
  • il doit dispenser « des soins consciencieux, dévoués » (ARTICLE R.4127-32 du CSP) ;
  • il doit « formuler ses prescriptions avec toute la clarté indispensable, veiller à leur compréhension » (ARTICLE R.4127-34 du CSP) ;
  • il doit « une information loyale, claire et appropriée » et « il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications » (ARTICLE R.4127-35 du CSP).

Information, dévouement et respect sont donc au cœur des obligations déontologiques du médecin ; il n’est alors pas étonnant que ces exigences se retrouvent régulièrement dans les propos des patients commentant leur relation avec leur médecin. Cependant, les patients qui se soucient de leurs droits à l’égard du praticien sont souvent oublieux des droits du praticien, qui n’est pas entièrement lié par sa relation avec le patient. La relation médecin-patient est animée par une réciprocité de droits et de devoirs.

Le médecin aussi a le choix de ses patients

Le médecin dispose en effet d’une liberté importante relativement à ses patients, puisqu’il n’est tenu de leur dispenser des soins que si aucun autre praticien (situation rare) ne le peut et qu’il y a urgence médicale. En dehors de ce cas spécifique, le médecin doit seulement s’assurer qu’il y aura une continuité de soins, c’est-à-dire orienter ses patients vers un autre praticien :

« Hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles. » (ARTICLE R.4127-47 du CSP).

Cela signifie que le médecin n’est pas captif de la relation médecin-patient et la choisit tout autant que le patient.

D’un côté, le patient est bien sûr en droit d’attendre du médecin l’attitude décrite par le Code de déontologie ; mais cette attente est aussi liée à sa subjectivité, à ce qu’il juge, selon sa sensibilité, « consciencieux », « dévoué », « clair », « approprié », etc.

D’un autre côté, le médecin, tout en s’efforçant d’être fidèle à la déontologie, est libre d’estimer que les exigences du patient débordent ce cadre ; il peut alors choisir de mettre fin à la relation médecin-patient, sans avoir à se justifier.

Les précisions du Code de déontologie ne suffisent donc pas toujours à garantir la coïncidence entre les interprétations respectives que le médecin et le patient en feront, chacun avec sa subjectivité.

Les différents modèles de la relation médecin-patient

La littérature est remplie de personnages de médecins et d’évocations de la relation médecin-patient, de Molière à Duhamel, en passant par Flaubert[3]. Mais l’analyse de la façon dont se noue, se déploie et évolue le rapport du médecin avec son patient n’a intéressé les chercheurs que tardivement. Longtemps, il semble que le point de vue surplombant du médecin ait prévalu dans la littérature savante, tandis que les difficultés de cette relation restaient réservées à la littérature littéraire, avec parfois quelques influences mutuelles[4]. Dans la deuxième moitié du XXe s., peut-être consécutivement à la réflexion qui a été menée pour établir le Code de déontologie au sortir de la Seconde guerre, des universitaires se penchent sur la question ; par exemple, le linguiste Émile Benveniste s’intéresse au rôle que peut jouer la parole du médecin[5]. Dans les années 1990, les médecins américains Emmanuel et Emmanuel[6] abordent de plain-pied la relation que le médecin et le patient entretiennent ; ils envisagent une classification selon quatre modèles. Selon eux, ces modèles se distinguent en fonction de la manière dont le pouvoir est réparti entre les deux instances :

  • Dans le modèle « paternaliste », le médecin est vu ou se voit comme un père ou une espèce de tuteur, tandis que le patient se voit ou est vu comme un enfant ;
  • Dans le modèle « informatif », le médecin est considéré sur le plan de l’expertise scientifique, qu’il dispense au maximum à son patient, pour que celui-ci puisse choisir lui-même son traitement, en connaissance de cause ;
  • Dans le modèle « interprétatif », le médecin adopte une posture de conseiller, tâchant de prendre en considération les idées et les valeurs du patient, pour évaluer ensuite le traitement le plus adéquat ;
  • Dans le modèle « délibératif », le médecin et le patient se situent presque sur le même plan, échangeant leurs idées en général et leurs points de vue sur le traitement en particulier, de manière à parvenir à un choix satisfaisant pour les deux instances.

Le modèle de la relation médecin-patient n’est pas si simple

Bien sûr, ces modèles ne se retrouvent jamais à l’état pur. Parfois, un même médecin peut, selon les patients ou encore selon les contextes, le moment de la journée ou de son parcours, alterner entre plusieurs de ces postures[7]. Cependant, il semblerait que le modèle « paternaliste » soit celui qui a longtemps été considéré comme ordinaire, allant de soi ; tandis qu’aujourd’hui, le modèle « délibératif » serait celui qui est officiellement valorisé ou recommandé. Mais là aussi, il faut nuancer. Car il apparaîtrait que les attentes de nombreux patients sont parfois mêlées :

  • il y aurait à la fois un besoin de modèle « paternaliste » : le médecin est regardé comme un père qui accompagne et rassure, par lequel on veut être porté ;
  • mais il y aurait tout à la fois un désir pour le modèle « délibératif » : le patient voudrait être traité par le médecin comme un interlocuteur valable, capable de tout comprendre le temps d’une consultation.

C’est notamment cette espèce de paradoxe qui complique la relation entre le médecin et le patient et la rend parfois source de frustrations, des deux côtés. Le médecin et le patient ont donc tous deux intérêts à se pencher sur les attentes de leur vis-à-vis, pour progresser vers une relation plus harmonieuse et plus satisfaisante.

Dr. Vinh Nguyen

Médecin en acupuncture

Et Médecine esthétique à Paris

[1] https://www.ordomedic.be/fr/l-ordre/serment-%28belgique%29/serment-hippocrates/

[2] https://www.conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-dhippocrate

[3] Camille Rendu et Lise Journet, Typologie des personnages de médecins généralistes dans le roman français au XXème siècle, Thèse de Médecine, Université de Grenoble, 2018.

[4] Alexandre Wenger, « Médecine, littérature, histoire », Dix-huitième siècle, vol. 46, n°1, 2014, p. 323-336.

[5] Émile Benveniste, « La doctrine médicale des Indo-Européens », Revue de l’histoire des religions, LXV, t. 129 (1945), p. 5-12.

[6] Ezekiel J. Emanuel et Linda L. Emanuel, « Four models of the physician-patient relationship », JAMA, 1992, 267(16), p. 2221-2226.

[7] Ezekiel J. Emanuel et Linda L. Emanuel, « Four models of the physician-patient relationship », JAMA, 1992, 267(16), p. 2221-2226. 

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