Ce que les patients attendent de leur médecin… et vice-versa (IV) : Quand le médecin généraliste se fait « psy »

UN MEDECIN PARTAGE SES REFLEXIONS

Ce que les patients attendent de leur médecin… et vice-versa (V) :
Pourquoi les patients préfèrent leur médecin généraliste (plutôt qu’un « psy »)

attentes médecin patients - Dr Nguyen à Paris

Résumé : Si beaucoup de patients préfèrent se confier à leur médecin généraliste plutôt qu’à un professionnel de la santé mentale, c’est souvent parce que ce dernier est mal connu et suscite un certain nombre de craintes et de réserves. Il appartient au médecin généraliste de veiller, autant que possible, à dissiper ces préjugés et ces peurs.

Les obstacles à la prise en charge par un spécialiste de la santé mentale

Si les médecins généralistes jouent un rôle très important (ils sont présents à 67%) dans la prise en charge des syndromes dépressifs[1], cela signifie que les patients préfèrent souvent avoir recours à leur généraliste plutôt qu’à un spécialiste. Certaines études montrent que les patients répugnent en effet à être suivis par un spécialiste de la santé mentale[2] ; pourtant, pour soulager leurs difficultés psychologiques, les patients réclament bien une psychothérapie basée sur l’écoute (plutôt que des prescriptions médicamenteuses), telle qu’ils pourraient en bénéficier chez un psychiatre ou un psychologue.

Le Dr. Delphine Monin s’est penchée sur les facteurs limitant la prise en charge spécialisée :

Je ne connais rien aux « psys » 

  • Il y a déjà une grande méconnaissance, chez les patients, des différents acteurs de la santé mentale : selon une enquête de l’INPES, environ 50% des personnes interrogées ignoraient ce qui distingue psychiatre et psychologue[3];

Je ne suis pas en dépression 

  • En outre, pour accepter une prise en charge spécialisée, encore faut-il avoir accepté la teneur de sa maladie : le Dr. Monin cite une patiente qui déclare qu’elle consulterait un « psy » seulement si elle était « vraiment dans une dépression » ;

Je ne suis pas en grosse dépression 

  • Pour certains patients, il s’agit d’accepter le degré de leurs difficultés psychiques : ils indiquent que le recours au spécialiste suppose une « grosse dépression » ;

Je ne suis pas « fou »

  • Nombre de patients associent le terme de « folie » à la maladie dépressive, que ce soit pour estimer que le « psy » est le soignant des fous ou pour juger que tout « psy » doit être un peu « fou » lui-même : il faut pourtant nuancer, une étude montrant que l’usage du terme folie est souvent un abus de langage, les patients distinguant en fait généralement « maladie mentale »/« folie »/« dépression »[4];

J’ai été déçu par les « psys »

  • D’autres patients ont déjà eu une expérience de psychothérapie chez un spécialiste et ont été déçus au point de ne plus souhaiter y retourner ;

Je préfère ne pas m’engager

  • D’autres patients voient la prise en charge spécialisée comme une « contrainte », un « engagement », alors que les rendez-vous chez le généraliste permettent de moduler régulièrement le cadre (durée, fréquence) de la prise en charge ;

Je suis plus à l’aise avec mon généraliste

  • Des patients, enfin, évoquent la difficulté à se confier à un interlocuteur non-familier et jugent qu’ils n’arriveraient pas à parler à un spécialiste ;

Je n’ai pas les moyens

  • Dernier obstacle notable, le coût de la prise en charge spécialisée : certains, voire de nombreux psychiatres sont catégorisés en secteur 2 (c’est-à-dire avec dépassement d’honoraires), tandis que les psychologues, eux, ne sont pas remboursés du tout ; l’absence de contraintes financières favoriseraient une absence de limite dans les exigences vis-à-vis du généraliste, qui devient parfois le « parent idéal » recherché par le patient.

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Mieux informer, mieux orienter, mieux coordonner

Le médecin généraliste et son patient sont en droit de ne pas souhaiter faire appel à un spécialiste et de mettre en place une psychothérapie. En revanche, le médecin doit avoir conscience du poids spécifique de cette prise en charge et le patient être informé dans le détail de l’approche la plus bénéfique pour lui. Si le praticien se trouve surmené, il risque d’entraîner le patient dans son mal-être. Le principe psychanalytique du transfert est valable dans les deux sens, le médecin pouvant lui aussi faire un contre-transfert sur son patient.

Il importe d’expliquer au patient de ce qu’est une psychothérapie, tous les cadres où elle peut prendre place : chez le généraliste, chez le psychiatre, chez le psychologue. Les différences matérielles (temps, coût) doivent certes être évoquées, mais aussi les différences d’approche, dans un souci de faire tomber les « tabous » et de dissiper le spectre d’une assignation à la « folie » ou à la maladie mentale. Il peut encore être avantageux, comme dans certains pays, de créer des réseaux entre généralistes et spécialistes de la santé mentale[5].

En tous les cas, le médecin comme le patient se porteront tous les deux mieux si le cadre de prise en charge est clair pour chacun, sans qu’aucune n’ait le sentiment d’avoir été piégé dans une relation à laquelle l’un ou l’autre n’était pas préparé : il importe que le choix de mener une psychothérapie soit fait en toute connaissance de cause par les deux parties et ne soit pas effectué par simple répugnance (pour l’une ou l’autre des raisons évoquées ci-dessus) du patient vis-à-vis de la prise en charge spécialisée.

Dr. Vinh Nguyen

Médecin en acupuncture

Et Médecine esthétique à Paris

[1] Christine Chan Chee, François Beck, David Sapinho, Philippe Guilbert, « La dépression en France. Enquête ANADEP 2005 », INPES, 2005.

[2] J. F. Digna, M. D. van Schaik, Alexandra FJ Klijn et al., « Patients’ preferences in the treatment of depressive disorder in primary care », Gen Hosp Psychiatry, 2004, 26, p. 184-9.

[3] Christine Chan Chee, François Beck, David Sapinho, Philippe Guilbert, « La dépression en France. Enquête ANADEP 2005 », INPES, 2005.

[4] S. Samson, Image de la santé mentale, dans la pratique de médecine générale à partir d’une enquête en population générale, Thèse de Médecine, Université d’Angers, 2005.

[5] S. Gilbody, P. Bower, J. Fletcher et al., « Collaborative care for depression. A cumulative meta‐analysis and review of longer‐term outcomes. », Arch Intern Med, 2006, 166, p. 2314‐21. ; G. Rubovszky, D. Dumont, A. Andreoli,  « Nouvelles voies pour le traitement de la dépression en médecine de premier recours », Revue Médicale suisse, n°32059, 2007.

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