Désir d'enfants volet 2 - Dr Nguyen à Paris

UN MEDECIN PARTAGE SES REFLEXIONS

Le désir d’enfant (II) : Un désir de vie

Résumé : Le désir d’enfant a ses premières racines dans le besoin qu’a l’être humain de prolonger la vie de son espèce et cela se manifeste notamment par un accroissement de la libido en période de fécondité.

Dans la plupart des sociétés, traditionnelles ou ultradéveloppées, il est considéré comme naturel d’avoir un enfant et de le désirer, l’absence de désir d’enfant étant, globalement, marginalisée. Cependant, les composantes de ce désir d’enfant sont multiples et variables : sans suggérer qu’il y aurait de bonnes ou de mauvaises raisons de désirer un enfant, on peut au moins tâcher d’opérer une classification détaillée ; ce qui permettra à la fois d’expliquer la puissance du désir d’enfant et les conséquences que ce désir peut avoir sur l’enfant lui-même. Les éléments constitutifs du désir d’enfant que j’évoquerai ne sont nullement des cas particuliers ou des déviations, mais des éléments normaux, c’est-à-dire très couramment observés.

Désirer fait partie de la vie

Dans un article sur la nature du désir d’enfant, Line Petit rappelle les fondements du désir en général chez l’être humain, tel que les philosophes l’analysent[1] : désirer, c’est avancer dans le mouvement de la vie et manifester sa qualité d’être humain.

  • Aristote écrit que l’homme désire d’abord parce qu’il est son propre moteur (Aristote, De l’âme, III.10, IVème siècle avant J.-C.);
  • Spinoza dit que le désir est le propre de l’homme : « L’appétit n’est par là rien d’autre que l’essence même de l’homme » (Spinoza, Éthique, III, « Définition des affections », 1677) ;
  • Ce désir, cet appétit, c’est aussi ce que Sigmund Freud appelle la libido (Freud, Psychoanalyse und Libidotheorie, 1922).

Désir, appétit, libido : ce qui pousse l’être humain vers un objet (animé ou nom, abstrait ou matériel, réel ou projeté) est au principe même de la vie et de la conscience humaine. Par rapport au fonctionnement de l’animal, chez lequel on parle plutôt de pulsion ou d’instinct, l’être humain entoure le désir de toute une réflexion. On désire en imaginant l’objet de son désir, en le ruminant, en se projetant dans la réalisation du désir, en en parlant. Le désir d’enfant s’inscrit dans ce mécanisme naturel, avec, bien sûr, toutes les spécificités liées à son objet.

Le désir d’enfant est multiple

La plupart des gens interrogés sur leur désir d’enfant parlent du besoin de donner de l’amour et de transmettre. Cependant, sans que cela invalide ces motifs conscients, les motifs profonds apparaissent plus nombreux et plus mêlés, d’ordre à la fois social, psychologique ou anthropologique.

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Un réflexe anthropologique

Pour la science, l’une des caractéristiques du vivant est la finalité de se maintenir au-delà du temps de vie de chacun de ses représentants. Cela signifie qu’une espèce va continuer à vivre par le fait que ceux qui incarnent cette espèce (humains, animaux, végétaux) se succèdent, de génération en génération. Même s’il existe des idéologies en faveur de l’extinction de l’espèce humaine[1], la grande majorité des êtres humains répondent aux finalités de leur espèce notamment en se reproduisant.

C’est pourquoi il y aurait une inscription du désir d’enfant dans le fonctionnement biologique de l’être humain :

 

  • tout d’abord, chez la femme, 8 heures avant l’ovulation, les estrogènes connaissent un pic de sécrétion, qui a pour conséquence d’augmenter le désir sexuel, la femme produisant par ailleurs des phéromones susceptibles de susciter le désir[2].
  • Ainsi, une étude menée par le Dr. Allen Wilcox[3] a montré que durant la « fenêtre de fertilité[4]» (5 jours avant l’ovulation et le jour de l’ovulation), les couples ont plus de relations sexuelles qu’au cours du reste du cycle (plus 24 %).
  • Pendant ces six jours, la fréquence des relations sexuelles est en outre plus élevée le jour même de l’ovulation et juste avant (la période la plus fertile), mais elle retombe brutalement juste après le pic d’ovulation.
  • La fertilité des femmes baissant après 35 ans (la probabilité d’avoir un enfant vivant par cycle est de 24% à 25 ans, tombe à 12% à 35 ans et 5% à 40 ans)[5], ainsi que le taux d’œstradiol, on estime que l’organisme féminin sentirait cette diminution et éprouverait un plus grand besoin de se reproduire avant d’entrer dans une phase moins fertile.

 

Cette inscription du désir d’enfant dans le corps, en lien à la fois avec la libido hormonale et avec la tendance du vivant à prolonger la vie, est cependant la dimension la plus élémentaire du désir d’enfant ; les dimensions sociales et psychologiques du désir d’enfant se superposent à cette dimension organique.

Dr. Nguyen Phuong-Vinh.

[1] Line Petit, « Désir d’enfant », Spirale, vol. 4, n°32, 2004, p. 19-26.

[1] Voluntary Human Extinction Movement, c’est-à-dire Mouvement pour l’extinction volontaire de l’humanité, voir http://www.vhemt.org/findex.htm

[2] L. Dennerstein, G. Gotts, J.-B. Brown, C. A. Morse, T. M. Farley et A. Pinol, “The relationship between the menstrual cycle and female sexual interest in women with PMS complaints and volunteers”, Psychoneuroendocrinology, 1994, 19(3), p. 293-304 ; S. M. Harvey, “Female sexual behavior: fluctuations during the menstrual cycle”, J Psychosom Res, 1987, n° 31(1), p. 101-10 ; Physiol Behav 75,367-375 ; Norma L. McCoy et Lisa Pitino, « Pheromonal influences on sociosexual behavior in young women”, Physiology & Behavior, n° 75(3), 2002, p. 367–375.

[3] AJ Wilcox, Donna Day Baird, David B Dunson, David Robert Mcconnaughey, James S Kesner et Clarice R Weinberg, “On the frequency of intercourse around ovulation: Evidence for biological influences”, Human Reproduction, n° 19(7), juillet 2004, p. 1539-43

[4] D. B. Dunson, D. D. Baird, A. J. Wilcox et C. R. Weinberg, “Day-specific probabilities of clinical pregnancy based on two studies with imperfect measures of ovulation”, Hum Reprod, n°14(7), juillet 1999, p.1835-9.

[5] Larsen U, Yan S., “The age pattern of fecundability: an analysis of French Canadian and Hutterite birth histories.”, Soc Biol, 2000, n°47, p. 34-50.

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