Les hommes et le désir d'enfants - Dr Nguyen à Paris

UN MEDECIN PARTAGE SES REFLEXIONS

Le désir d’enfant (IV) : Les hommes et le désir d’enfant

Résumé : Le désir d’enfant est moins communément associé à l’homme, parce que le fait de ne pas porter l’enfant dans son corps modifie la manière dont l’homme se projette dans la paternité. Pourtant, le désir d’enfant chez l’homme partage certaines des composantes retrouvées chez la femme et possède en outre ses spécificités (dimension symbolique, virilité…).

Les hommes et le désir d’enfant

Dans les réflexions menées par la psychanalyse ou dans les relations sociales ordinaires, le désir d’enfant est bien plus souvent rapporté à la femme qu’à l’homme, relégué à un rôle et des sentiments un peu secondaires. Il ne s’agit certes pas de nier les différences d’expérience qu’entraîne le fait de porter ou non l’enfant dans son corps, mais on constate que, depuis peu, de plus en plus d’études s’intéressent au point de vue masculin dans le vécu du désir d’enfant.

L’injonction sociale

Tout d’abord, les hommes sont beaucoup moins que les femmes, voir presque pas, soumis à une pression sociale les incitant à avoir des enfants[1]. Les études se penchant sur le désir d’enfant chez l’homme montre qu’aucun d’entre eux ne témoigne avoir ressenti une injonction sociale à la paternité. En particulier, lorsqu’ils ne sont pas en couple, on ne demande pas aux hommes ou exceptionnellement s’ils souhaitent avoir des enfants, alors que la même question semble presque inévitablement posée aux femmes. Quant aux hommes qui sont en couple, ils sont toujours renvoyés à la paternité comme à un projet conjugal et non pas individuel, comme si leur part de désir ou de décision était assez réduite[2]. De fait, des témoignages d’hommes faisant partie de couples stériles désirant adopter révèlent souvent un désir de satisfaire au désir de la femme ou du partenaire : « l’adoption c’est plutôt son projet à elle[3] ».

Un accomplissement social et un renforcement de la virilité

Pourtant, la paternité est aussi au cœur d’enjeux sociaux pour le père, notamment parce que les enfants sont traditionnellement considérés comme une ressource essentielle de prestige et de pouvoir. Tout comme les femmes, les hommes ne pourraient atteindre leur plein statut social qu’en accomplissant un projet de procréation[4]. Dans certaines cultures, la virilité d’un homme s’estime par ailleurs au nombre d’enfants dont il est le père.

Sur le plan de la virilité, la psychanalyse considère, à la suite de Freud, que faire un enfant reviendrait à surmonter la castration symbolique vécue dans l’enfance (le complexe d’Œdipe consiste en un sentiment de castration imposée par le père, dont on est jaloux parce que l’on veut sa mère pour soi seul) : en devenant père soi-même, on exclut a posteriori son propre père, dont on prend la place. C’est en ce sens que la paternité complète et garantit la virilité[5]. Une recherche hospitalière belge a montré qu’un pourcentage important d’hommes qui apprennent leur stérilité deviennent subitement impuissants[6].

[1] Charlotte Debest, Le choix d’une vie sans enfant, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

[2] Charlotte Debest et Irène-Lucile Hertzog, « “Désir d’enfant – devoir d’enfant” », Recherches sociologiques et anthropologiques, 48-2, 2017, p. 29-51, https://journals.openedition.org/rsa/1907

[3] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 157-158, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

[4] Laurence Charton et Joseph J. Lévy, « Désir d’enfant et désir de transmission », Anthropologie et Sociétés, Volume 41, n°2, 2017, p. 9-37, https://www.erudit.org/fr/revues/as/2017-v41-n2-as03293/1042312ar/

[5] Strauss, Marc. « Le désir d’enfant », Champ lacanien, vol. 3, n° 1, 2006, p. 81-88.

[6] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 153, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

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Une part symbolique prédominante

Comme l’homme ne porte pas l’enfant dans sa chair comme la mère, avec tous les bouleversements hormonaux et physiques que cela implique, il est normal que son vécu de la paternité et du désir soit en partie différent. Le gynécologue Bernard Fonty écrit « En fait, je le répète, le corps masculin ne peut servir de lit biologique au désir d’enfant. La paternité dans son désir, sa reconnaissance suit un autre chemin[1] ». Certes, on met parfois en exergue les prises de poids et autres phénomènes de couvade qui peuvent affecter l’homme pendant la grossesse de sa femme[2]. Cependant, les témoignages des hommes à propos de leur paternité font très peu de références à leur corps et même ces phénomènes de couvades ne sont que très rarement mis en rapport par eux avec leur paternité[3]. On peut donc dire que le corps est globalement une composante moins importante dans l’accomplissement du désir d’enfant chez l’homme que chez la femme. Par contrepoids, il semblerait que la dimension symbolique (le corps moral) de l’enfantement soit pour l’homme une dimension encore davantage investie que chez la femme[4]. Dans cette dimension symbolique, il y a notamment le désir d’enfant comme étant le désir de l’Autre, dont la première incarnation serait la mère et dont le/la partenaire, puis l’enfant désiré, seraient d’autres incarnations[5].

Un besoin de transmission

Il y a une autre composante du désir d’enfant qui est souvent associée à l’homme (même si elle existe aussi chez la femme), c’est le besoin de transmission. Il peut s’agir de la transmission du nom, souvent vécue comme une compensation à l’impossibilité de porter l’enfant et de le mettre au monde. Il peut s’agir de la transmission des valeurs auxquelles on adhère. Il peut s’agir de la transmission des biens matériels (le patrimoine). Ma paternité est vécue par l’homme dans une perspective de prolongement de soi-même, et dans le registre de l’avoir plutôt que de l’être (du moins dans les couples hétérosexuels)[6].

Bien sûr, comme chez la femme, on retrouve chez l’homme le désir « de perpétuer la vie, de déjouer la mort, de transmettre des savoirs et des valeurs (…) et, dans certains cas le vœu, voire le désir de trouver un remède à un deuil, une dépression ou une mélancolie »[7].

Dr. Nguyen Phuong-Vinh.

[1] Bernard Fonty, Bonjour l’aurore, Paris, Clims, 1986, p. 49.

[2] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 152, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

[3] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 155, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

[4] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 154, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

[5] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 153, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

[6] Strauss, Marc. « Le désir d’enfant », Champ lacanien, vol. 3, n° 1, 2006, p. 81-88.

[7] Nicole Stryckman, « Le désir d’enfant chez l’homme », Le Bulletin Freudien, n° 54, août 2009, p. 151-159, ici p. 156, http://www.association-freudienne.be/pdf/bulletins/2-12_Stryckman_54.pdf

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